Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 07:38
 



-          Vous savez j’y tenais à mon lot  de pendules se lamentait la vieille aux yeux de chien battu dont les mains parcheminées serraient l'anse de son sac à main. Pauvre Charles ! Ajouta t elle tout bas. C’est un comble de venir voler chez les gens, la nuit pendant leur sommeil.

Marc Guérin se contenta d’ hocher la tête en signe de compassion simulée. Que pouvait faire t il d’autre ? Pas d'indices, pas de témoins et un faible préjudice. A moins d'être voyant...

-          Tenez madame signez là en bas à gauche dit il en tendant la plainte avec un stylo.

La plaignante colla son visage à la feuille, sembla lire quelques lignes et apposa d'une main tremblante sa signature. Elle releva la tête le regard plein d’espoir.

-          Vous allez me retrouver mes pendules?

-          Nous allons faire tout notre possible voulu la rassurer le policier en essayant de mettre le plus de conviction dans sa voix, mais faites changer votre serrure au plus vite et dépêchez vous de signaler le vol à votre assurance. Je vais donner des consignes à la patrouille pour qu'elle passe régulièrement devant chez vous.

  • vous savez c'était surtout sentimental parvint elle à dire entre deux sanglots étouffés sans que le policier puisse dire si elle l'avait écouté ou non.

    Le policier eu un pincement au cœur mais se retint d'être franc. Lui dire qu'elle ne reverrait pas ses biens ne servirait qu'à aggraver son chagrin.

  • Je comprends madame se contenta t il de prononcer du bout des lèvres en se levant.

    Il ramena jusqu’au seuil du commissariat et proposa de la faire raccompagner, ce qu'elle refusa avec l'assurance de ceux qui ont la vie derrière eux et qui n'attendent plus que la mort frappe à leur porte. Elle s'éloigna lentement, le pâle soleil de Bourgogne projetant l'ombre de sa silhouette ratatinée sur les pavés encore humides de la rosée du matin. De retour dans son bureau Guérin rangea la plainte dans un gros classeur remplit de feuilles jaunies par le temps estampillé « VAINES RECHERCHES », véritable livre-cachot des enquêtes vouées à tomber dans l'oubli. Puis il ouvrit la fenêtre et s'accorda une pause cigarette. Au loin, par delà les toits et le clocher de l'abbaye s’étendait la profonde forêt domaniale de Cluny, vaste étendue de conifères et de pins aux troncs glabres et élancés. A cette époque avancée de l'année elle offrait de jolies disparités de couleurs, des touches de vert sombre, de marron, en passant par des teintes orangées, tel un gigantesque tableau impressionniste exposé à ciel ouvert par un peintre géant. Le vent d'automne, froid et insidieux, s’invita dans la pièce tel un invité de dernière minute et vint glacer le corps de Guérin. Celui ci se frictionna les bras pour chasser un frisson le parcourant, le chauffage ne marchait plus depuis l’hiver dernier et les crédits pour les réparations tardaient à être débloqués. Le seraient ils un jour ? Voila près de trois ans qu’il croupissait dans ce  commissariat de police  aux papiers peints gâtés par l'humidité et le passage du temps, au parquet rongé par la moisissure avec des portes et des fenêtres branlantes sous un toit infiltré par les pluies, à recevoir des déclarations de disparitions de chats et des plaintes de vols de pendules, secondé par une poignée d’hommes valables mais tout aussi désabusés que lui. Il avala le fond de sa tasse à café et jeta son mégot, tant d’autres pourrissaient sous sa fenêtre en autant de témoins de sa disgrâce. Une mauvaise migraine apparue, nichée au fond de son cerveau. Le policier se massa l’arrête du nez par simple réflexe pour tenter de dégager la douleur naissante en sachant pertinemment que ce geste n’allait pas faire grand chose. Il referma la fenêtre et se rassit. En fouillant dans ses tiroirs à la recherche de cachets d'aspirine Guérin mit la main sur une photographie usée aux bords cornés : quatre hommes se tenant par les épaules autour d'une table couverte de bouteilles et de verres. Quatre amis. Quatre flics. Ah si tout était à refaire songea t il un brin mélancolique et les lèvres déformées par un rictus amer. Son téléphone sonna et le tira de ces pensées mélancoliques. D'un geste brusque il claqua le tiroir comme pour y enfermer définitivement ses souvenirs et décrocha le combiné. La migraine martelait ses tempes telle une armée de tambours collée à ses oreilles.

  • Commandant ?

Il reconnu la voix du standardiste.

  • oui?

  • J'ai une mauvaise nouvelle pour vous chef.



Par narthex.over-blog.com - Publié dans : Chapitre 1
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bises
Commentaire n°1 posté par Azalaïs le 09/02/2010 à 12h43

Présentation

  • LE SANG DU CALICE
  • : Un roman policier mis en ligne régulièrement. Plusieurs voyantes ont été sauvagement assassinées dans les rues de la capitale. La police judiciaire piétine et décide de faire appel à un de ses anciens membre muté disciplinairement à Cluny. Jusqu'au jour où ce dernier se trouve confronté à une série de meutres inexpliqués.

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